Depuis une
semaine je cherche dans ma mémoire un souvenir de ma première rencontre avec
toi.
Et je n’en ai
pas trouvé.
Il n’y en a
pas parce que depuis toujours tu es avec nous et tu as fait partie de ma vie.
Je me souviens
de certains mercredi midi, avec la raie au beurre noir et aux câpres avec des
pommes de terre, où le meilleur dans tout ça était bien évidemment le beurre…
Je me souviens
des Feux de l’amour où le Monsieur avec la moustache était marié avec la dame
blonde, et la semaine d’après il embrassait la brune. Je dois dire que c’était
très perturbant…
Je me souviens
de tes ongles, si longs, beaux, et toujours vernis en rose ou en rouge vif.
C’était tellement impressionnant que même Quentin voulait les mêmes.
Je me souviens
aussi de tous ces étés passés à Noirmoutier.
Quand j’ai
oublié la brioche sur le marché, si tes yeux tiraient à balles réelles je ne
serai plus là pour en parler…
Quand, avec
Yaelle, nous avons envoyé des coquilles d’escargots vides chez le voisin
par-dessus le mur, cet air désespéré dans tes yeux quand tu nous as regardées,
et le regard d’excuse au voisin le jour suivant…
Aujourd’hui il
y a la chaise à Cathy, mais avant c’était la chaise à Marie-Jo pour que tu
viennes avec nous à la plage.
Mais ça n’a
pas duré longtemps parce que juste après ils ont lancé Qui veut Gagner des
Millions à 18h et il ne fallait pas rater le début.
Je me souviens
en Septembre, quand ta vie a basculé, et les semaines qui ont suivies, chaque
fois que Kaki appelait je courrais dans ma chambre en me bouchant les oreilles
en espérant que ce ne serait pas la mauvaise nouvelle tant redoutée.
Et en Novembre quand je suis venue te voir aux
vacances de la Toussaint, à Chevilly.
Toi si
indépendante, fière, droite avec un air parfois si sévère, toute frêle dans une
chambre sans fenêtre, et je ne pouvais même pas parler avec toi, Kaki devait me
traduire ce qu’elle lisait sur tes lèvres.
Tu ne l’as pas
vu ce jour là, mais je suis ressortie dans un drôle d’état de cette chambre.
Heureusement,
Maman t’a sortie de là et tu es repartie de plus belle.
Avec Quentin
et Yaelle on pensait avoir trouvé le bon filon pendant les réunions de famille
à l’apéritif. Il suffisait de s’asseoir à côté de toi et on pouvait prendre
double ration de petite saucisse, une pour nous et une pour toi, qu’évidemment
tu n’allais pas manger vu que tu ne mangeais pas grand-chose. Mais en fait tout
ça n’était qu’une grosse arnaque ! Parce qu’en ce qui concerne les petites
saucisses, on ne peut pas vraiment dire que tu laissais ta part…
Tu sais que je
suis assez fâchée contre toi ? Parce que aujourd’hui avec toi je laisse
partir mon fournisseur officiel de Voici, et que je n’aurai plus personne à qui
les piquer.
Tu vois,
autant je savais que la vie était difficile pour toi, autant je ne pensais pas
qu’aujourd’hui tu serais partie.
Il est dit
dans tous les supports ou définitions que j’ai pu trouver, que l’amour est un
sentiment désintéressé pour une personne, qu’on est censé lui souhaiter le
meilleur sans prendre en compte nos propres sentiments.
Alors
aujourd’hui je suis contente pour toi que tu t’en ailles. La vie ne t’a pas
épargnée et je ne sais pas vraiment dire si tu étais très heureuse ces
dernières années.
Mais garde
bien en mémoire que ça ne veut pas pour autant dire que c’est avec joie que
nous te laissons partir, ni que c’est très facile pour ceux qui restent.
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